Sortie des collaborateurs août 2019

Le réveil sonne. Quelques heures plus tard nous voici dans le bus qui serpente le long d’une route étroite. Entre autres anecdotes matinales, le conducteur du véhicule mentionne « qu’à l’époque » certains condamnés à mort auraient parfois été utilisés pour la construction des bisses, leurs vies étant épargnées s’ils survivaient à ce périlleux travail au-dessus du vide. Je regarde un moment le précipice qui s’ouvre quelques mètres à côté de la route… et je décide de refermer les yeux un moment afin de glaner encore quelques minutes de sommeil jusqu’à l’arrivée du bus au barrage de Tseuzier qui constitue un premier point de rendez-vous.

Un changement de véhicule plus tard, nous sommes conduits jusqu’à l’alpage de Mondralèche par les personnes y travaillant. Nous pouvons enfin commencer activement notre journée de botanique sur le terrain ! Quoique… Trente minutes plus tard, nous n’avons pas encore entré beaucoup de notes floristiques, mais sommes en pleine visite d’une cave où s’alignent de nombreuses meules de fromage sur des claies le long des murs. Ceux-ci semblent rester bien frais malgré la température extérieure. Pendant quelques secondes je me demande pourquoi nous sommes là, juste avant que la conversation ne porte sur le fait que le fromage peut être considéré comme un concentré de plantes… Vu comme ça ! De plus, le contact et les relations avec les alpagistes et autres personnes vivant la montagne est aussi quelque chose d’assurément important pour mener à bien un projet floristique comme celui de la Flore du Valais.

Le sac alourdi de fromage, nous démarrons finalement, égrenant les données géolocalisées jusqu’à arriver à un endroit présentant un caractère alluvial et marécageux particulier. Sur la petite quarantaine de Saules, tous milieux confondus, présents en Suisse, nous en identifions ici un peu moins de 10 sur seulement quelques centaines de mètres carrés.

Nos estomacs commencent d’émettre des plaintes sonores au moment où nous croisons les premiers Botrychium lunaria. Je me souviens alors avoir lu quelque part qu’au Moyen-Âge on prêtait des propriétés particulières à cette plante. Elle aurait notamment été utilisée par les alchimistes dans certains procédés de détection ou de transmutation des métaux rares et les divisions de la partie foliacée de la plante étaient sensées changer de position et briller à la pleine lune… Ayant manqué la pleine lune de peu (la prochaine étant dans environ 29 jours), nous ne restons pas pour vérifier la véracité de ces propos mais pressons plutôt le pas pour atteindre l’endroit préalablement défini pour la pause de « midi ».

Le pic-nic sorti du sac, nous nous asseyons au milieu d’une belle population de Cirsium acaule. Nous remarquons alors relativement rapidement que cette plante présente deux propriétés remarquables ; (i) elle peut offrir une sorte de séance d’acupuncture naturelle et gratuite au séant du botaniste affamé et un peu trop pressé de s’asseoir et (ii) elle est gynodioïque ; c’est-à-dire que cette espèce présente des individus hermaphrodites et des individus femelles, ces derniers étant dans le cas présent plus rares que les premiers.

518 mètres plus haut, nous arrivons au Col de l’Arpochey. Avant d’y arriver, nous croisons (entre autres vénustés) la jolie Crépide du Triglav, Crepis terglouensis. Affectionnant notamment les éboulis calcaires, cette plante est connue en Suisse comme y occupant l’aire la plus occidentale de sa répartition. Triglav est le nom donné au point culminant des Alpes juliennes en Slovénie (2864 mètres), le terme « terglouensis » venant lui de Terglou (ou Trrglou), un autre nom donné à cette montagne à l’époque napoléonienne.

Le sommet passé, nous entamons la descente jusqu’à la buvette de Pépinet où nous attendent déjà 533 mètres plus bas le reste du groupe. Après un délicieux souper, incluant dégustation de produits locaux, nombreuses conversations et beaucoup de sourires, nous rejoignons la cabane des Violettes pour une dernière séance de détermination sérotinale.

 …

30 à 40 déterminations et confirmations de noms d’espèces rencontrées pendant la journée sont alors effectuées. La plupart des personnes regagnent ensuite les dortoirs pour une nuit de repos bien méritée. Un dernier petit tour sous le ciel clair, puis je monte à mon tour en direction des couchettes où l’ensemble des autres botanistes semble déjà assoupi. Avant de fermer les yeux, je me dis que la journée a vraiment été très agréable, riche en discussions, partage de connaissances et découvertes.

La deuxième journée semble filer à une vitesse folle. Nous prenons un copieux déjeuner et quelques heures plus tard nous voici presque déjà à Cry-d’Er après avoir fourni un grand nombre de nouvelles données le long d’un chemin de botaniste (incluant donc pour moitié un chemin « officiel » et pour autre moitié un passage à travers des blocs rocheux, buissons et autres éboulis plus ou moins (in)stables). La descente de Cry-d’Er à Merbé se passe dans la bonne humeur et sans aucune collision avec les VTT qui descendent rapidement le long de la piste aménagée à cet effet. Après un dernier pic-nic et café en commun, nous nous séparons et terminons cette deuxième journée de botanique.

Le réveil sonne. La tête encore pleine de noms de plantes et des souvenirs du week-end, c’est déjà l’heure de retourner au travail. Vivement la prochaine sortie commune des collaborateurs de la Flore du Valais !

Dylan Tatti, pour la Flore du Valais